Filles à retordre

Filles à retordre prend essentiellement pour appui le lien des femmes à l’enfantement et leur rapport au temps mais soulève d’autres questions plus primordiales propre à l’existence où tout un chacun peut se reconnaître. Quel rapport entretient t-on avec la vie ? D’où venons-nous ? Comment s’approprier son histoire et s’insérer dans sa filiation ?

Le point de départ, c’est l’observation d’un engouement apparemment anodin des femmes modernes pour les travaux d’aiguille : le tricot, le crochet la broderie sont de retour. Les travaux d’aiguille en occident sont généralement dévolus aux femmes et sont depuis la révolution sexuelle plutôt stigmatisés et dévalués par les féministes.
Pourquoi les femmes d’aujourd hui reproduisent-elles alors avec plaisir ces gestes du passé ?Leur mémoire collective se transmettrait-elle par leurs ouvrages et leurs travaux d’aiguille? La répétition de gestes traditionnels aide t-elle à une prise de conscience et à la construction d’une nouvelle identité féminine intergénérationnelle ?
Ce travail de filature ombilicale devient alors prétexte à  interroger  l’inconscient collectif des femmes.

L’aiguille à tricoter, objet féminin du quotidien est un objet ambivalent. Cet instrument est emblématique du rôle de la mère puisqu’il était destiné à la confection du trousseau pour l’accueil du bébé mais il fut détourné par les femmes, elles-mêmes pour devenir cet outil d’avortement clandestin.
L’aiguille raconte donc un moment cruel et crucial de leur histoire. La polysémie du mot aiguille qui renvoie à l’aiguille à tricoter mais aussi à l’aiguille de la montre souligne aussi le rapport particulier au temps que les femmes entretiennent avec leur corps. Certaines courent contre leur horloge biologique tandis que d’autres retardent ou refusent ce moment de reproduction.
La question du choix de la procréation est traité sur un mode qui mélange légèreté et gravité en utilisant des occupations féminines ordinaires jugées futiles et désuètes et en détournant les représentations mentales idéalisées et le conditionnement des sentiments concernant le bébé ou la naissance. Derrière la béatitude et l’enthousiasme vécus comme obligatoire d’une future grossesse se cachent des questionnements et des inquiétudes légitimes.

Sous cet aspect volontairement naïf et innocent se dessine peu à peu quelque chose de plus poignant. L’effet recherché fonctionne en deux temps : l’attraction au départ pour un univers angélique qui ne suscite pas de méfiance particulière puis la répulsion opère au moment où l’on saisit la dimension plus dramatique du sujet.

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